Turkmenbashi mon amour

Turkmenbashi Mon Amour est une composition filmique faite d’images, textes et sons représentant le culte de la personalité bâti autour de la figure du Turkmenbashi à Ashgabat, la capitale du Turkmenistan. L’oeuvre est inspirée par une courte visite à Ashgabat que fit Neddam durant un voyage le long de la Route de la Soie.


La pièce est composée selon une structure audiovisuelle particulière. Les photos prises par Neddam représentant les monuments colossaux à la gloire du Turkmenbashi qui furent érigées durant sa présidence (de 1991 lorsque le Turkmenistan acquit son indépendance, jusqu’en 2005, l’année de sa mort) servent de décor théatral ou de fond de scène à un dialogue à bâtons rompus de personnage à personnage.

Le personnage de Mouchette apparait ici dans toute sa naïveté, s’adressant directement à la statue du Turkmenbashi pour déclarer son amour à ce personnage quasi-divin et néanmoins humain et paternel (bashi signifie père), tel qu’il est représenté de manière monumentale partout dans cette ville. Turkmenbashi énonce pour Mouchette tous les hauts faits accomplis durant sa présidence.

Une autre voix, qui vient de nulle part, comparable à celle du choeur dans la tragédie grecque proclame d’un ton accusateur les méfaits du Turkmenbashi, tels que la censure de tous les partis de l’opposition, ainsi que celle des medias. On entend aussi parler des « conseils vestimentaires » du président, qui prirent force de loi, de son gouvernement englué dans la corruption, profitant de la richesse des exportations pétrolières pour dépenser l’argent du pays dans l’apparat et la création de monuments.

La bande-son ajoute à l’image et aux textes cet effet d’oppression constante, envahissante, que l’on ressent déjà à la vue de ces monuments que personne ne regarde, de ces larges avenues ou nul ne passe, de ces hôtels vides, de ces luxueux appartements complètement inhabités.

Dans ce décor colossal et désolé, se découpent les silhouettes de Mouchette et du Turkmenbashi, images plates, qui conversent et devisent de manière poignante sur leurs existences de pure fiction.

Contrairement aux autres oeuvres de Neddam, Turmenbashi Mon Amour est conçu, non pour l’écran d’ordinateur, mais pour être projeté en grand écran dans une salle obscure. Créee pour la
Biennale de Montréal en 2011, l’oeuvre a été ensuite présentée au Festival de Ljubljana, « La Cité des Femmes » en 2012, et a tourné ensuite en 2013 lors du « Kitakyushu Biennial World Tour ».

Par Anik Fournier

Plus d’informations sur Mouchette : Turkmenbashi à Ljubljana et Mesto žensk – City of Women

TURKMENBASHI, MON AMOUR / Martine Neddam (Japanese) de *candy factory sur Vimeo.

TURKMENBASHI, MON AMOUR, animation Flash

Informations en pdf : KItakyushu_Biennial2013.pdf